Altérations du Calendrier Islamique
Origines linguistiques, fondements coraniques et évolutions comparatives — Étude Thématique · Thème № 1 · islamducoran.fr
islamducoran.fr
بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
Méthode & Table des matières
MÉTHODE ISLAMDUCORAN.FR
Analyse fondée exclusivement sur le texte coranique et la linguistique arabe classique. Chaque terme est étudié à partir de sa racine triconsonantique et de ses occurrences dans le corpus. Aucune source secondaire ne se substitue au texte — le Coran se commente lui-même.
Analyse étymologique · Exégèse interne · Comparaison inter-scripturaire
Textes en langue originale · Translittération ALA-LC · Traduction française
TABLE DES MATIÈRES
01
Méthode d'investigation
02
Fondements coraniques du temps — S.2:189 · S.9:36 · S.10:5 · S.55:5 · S.6:96
03
Le nasi' — analyse rigoureuse de S.9:37
04
S.18:25 — indice d'un cycle luni-solaire ?
05
Les 12 mois — analyse étymologique complète
06
Frise saisonnière · Contexte historique · Analyse comparée · Thèse luni-solaire · Synthèse · Sources

Note méthodologique : Cette étude s'appuie sur le Coran comme référence ultime et principale. Les sources secondaires (traditions, histoire, linguistique comparée) sont mobilisées uniquement à titre contextuel et illustratif — elles ne constituent pas des preuves doctrinales.
I. Méthode d'investigation
Protocole islamducoran.fr — Les cinq étapes
Choix du thème
Recueil des occurrences coraniques
Analyse morphologique (racine · forme · schème)
Contextualisation interne
Synthèse sémantique
Thème et questions directrices
Cette étude explore le concept de calendrier tel qu'il ressort du texte coranique lui-même — sans présupposer la réponse. Les questions sont posées au texte, non à la tradition :
  • (a) Quels termes le Coran utilise-t-il pour désigner le temps, les mois, les années ? Quelles racines, quels champs sémantiques ?
  • (b) Le Coran mentionne-t-il explicitement un type de calendrier (lunaire, solaire, luni-solaire) ?
  • (c) Que condamne précisément le terme al-nasī' en S.9:37 ?
  • (d) Que révèle l'étymologie des noms des douze mois arabes ?
VERSET PROGRAMME
SOURATE AN-NISĀ' : 4 : 82
أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ وَلَوْ كَانَ مِنْ عِنْدِ اللَّهِ لَوَجَّدُوا فِيهِ اخْتِلَافًا كَثِيرًا
Afālā yatadabbarūna l-qur'ān · wa law kāna min 'indī ghayri-llāhi la-wajadā fīhi khilāfān kathīrā
« Ne méditent-ils pas le Coran ? S'il provenait d'un autre qu'Allah, ils y trouveraient de nombreuses contradictions. »
ANALYSE DU VERBE-CLÉ تَدَبَّرُونَ
II. Fondements coraniques du temps
Cinq versets fondateurs analysés
S.2:189
La lune : indicateur des temps et du Pèlerinage
يَسَأَلُونَكَ عَنِ الْأَهِلَّةِ ؕ قُلْ هِيَ مَوَاقِيتُ لِلنَّاسِ وَالْحَجِّ
Yas'alūnaka 'ani l-ahillah · qul hiya mawāqītu li-n-nāsi wa-l-ḥajj
« Ils t'interrogent sur les croissants de lune. Dis : ce sont des indicateurs de temps pour les hommes et pour le Pèlerinage. »
الْأَهِلَّةِ (al-ahilla)
Racine هـ-ل-ل : briller, crier de joie.
Pluriel de hilāl. مَوَاقِيتُ (mawāqīt)
Racine و-ق-ت : limiter dans le temps, fixer une échéance.
Terme technique de la délimitation temporelle rituelle.
S.9:36
Les douze mois : nombre inscrit dans la Création
إِنَّ عِدَّةَ الشُّهُورِ عِنْدَ اللَّهِ اثْنَا عَشَرَ شَهْرًا فِي كِتَابِ اللَّهِ يَوْمَ خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ مِنْهَا أَرْبَعَةٌ حُرُمٌ ذَلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ
Inna 'iddata sh-shuhūri 'inda llāhi thna 'ashara shahran fī kitābi llāhi yawma khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍ · minhā arba'atun ḥurum · dhālika d-dīnu l-qayyim
« Le nombre des mois, auprès d'Allah, est de douze mois, inscrit dans le Livre d'Allah le jour où Il créa les cieux et la terre. Parmi eux, quatre sont sacrés. Tel est l'ordre droit. »
Ce verset est la clé de voûte calendaire du Coran :
(1) le nombre 12 est inviolable et antérieur à l'humanité ;
(2) quatre mois sont sacrés par décret divin ;
(3) respecter cette structure, c'est pratiquer le dīn al-qayyim.
S.10:5
Soleil et lune : instruments de calcul des années
هُوَ الَّذِي جَعَلَ الشَّمْسَ ضِيَاءً وَالْقَمَرَ نُورًا وَقَدَّرَهُ مَنَازِلَ لِتَعْلَمُوا عَدَدَ السِّنِينَ وَالْحِسَابَ
Huwa lladhī ja'ala sh-shamsa ḍiyā'an wa-l-qamara nūran wa-qaddarahu manāzila li-ta'lamū 'adada s-sinīna wa-l-ḥisāb
« C'est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il lui a assigné des étapes, afin que vous connaissiez le nombre des années et le calcul. »
La mention conjointe du soleil (شمس) et de la lune (قمر) comme instruments de connaissance des sinīn (années) et du hisāb (calcul) pose une question légitime : si seule la lune suffisait, pourquoi le soleil est-il mentionné ?
S.55:5
Soleil et lune soumis à un calcul
الشَّمْسُ وَالْقَمَرُ بِحُسْبَانٍ
Ash-shamsu wa-l-qamaru bi-ḥusbān
« Le soleil et la lune suivent un calcul [précis]. »
Bi-husbān : selon un calcul / selon une norme précise.
Soleil ET lune sont coordonnés sous un seul terme de calcul:
leur co-soumission à un même husbān suggère leur complémentarité dans le système temporel.
S.6:96
L'aube : Allah fait poindre le jour
فَالِقُ الْإِصْبَاحِ وَجَعَلَ اللَّيْلَ سَكَنًا وَالشَّمْسَ وَالْقَمَرَ حُسْبَانًا ذَلِكَ تَقْدِيرُ الْعَزِيزِ الْعَلِيمِ
Fāliqu l-iṣbāḥ · wa-ja'ala l-layla sakanan wa-sh-shamsa wa-l-qamara ḥusbānan · dhālika taqḍīru l-'azīzi l-'alīm
« Fendeur de l'aube. Il a fait de la nuit un repos, du soleil et de la lune un calcul. Tel est le décret du Puissant, du Savant. »
تقدير (Taqdir)
Racine ق-د-ر : le décret, la mesure exacte.
Même racine que qaddarahu manāzila (S.10:5).
Cohérence interne du réseau sémantique.
III & IV. Analyse philologique
Le nasi' (S.9:37) et S.18:25
Indice luni-solaire ?
III. Le nasi' — Texte intégral S.9:37
إِنَّمَا النَّسِيءُ زِيَادَةٌ فِي الْكُفْرِ يُضَلُّ بِهِ الَّذِينَ كَفَرُوا يُحِلُّونَهُ عَامًا وَيُحَرِّمُونَهُ عَامًا لِيُوَاطِئُوا عِدَّةَ مَا حَرَّمَ اللَّهُ فَيُحِلُّوا مَا حَرَّمَ اللَّهُ
Innamā n-nasī'u ziyādatun fi l-kufr · yuḍallu bihi lladhīna kafarū · yuḥillūnahu 'āman wa-yuḥarrimūnahu 'āman li-yuwāṭi'ū 'iddata mā ḥarrama llāhu fa-yuḥillū mā ḥarrama llāh
« En vérité, le nasi' n'est qu'un surplus de mécréance, par lequel sont égarés ceux qui ont mécru :
ils le déclarent licite une année et illicite une autre, afin de faire concorder le nombre de ce qu'Allah a déclaré sacré,
et ainsi rendre licite ce qu'Allah a interdit. »

Conclusion coranique :
S.9:37 condamne la manipulation arbitraire des mois sacrés à des fins de falsification.
Le terme nasi' désigne structurellement un report frauduleux — non tout ajustement calendaire.
Le verset ne statue pas explicitement sur la question d'un calendrier luni-solaire régulier.
IV. S.18:25 — Indice d'un cycle luni-solaire ?
وَلَبِثُوا فِي كَهْفِهِمْ ثَلَاثَ مِائَةٍ سِنِينَ وَازْدَادُوا تِسْعًا
Wa-labithū fī kahfihim thalātha mi'atin sinīna wa-zdādū tis'ā
« Ils demeurèrent dans leur caverne trois cents années, et ils en ajoutèrent neuf. »
L'argument mathématique
300 ans solaires (365,2422 j × 300) = 109 572,66 jours
÷ 354,3671 j (année lunaire) = 309,01 années lunaires
→ Différence avec « 300 + 9 » : moins de 0,01 %
سِنِينَ (sinīn) — Racine س-ن-ו : années. Dans l'usage classique arabe, sana désigne souvent l'année solaire, contrairement à 'ām qui est plus générique. Distinction lexicale significative.
Évaluation — statut herméneutique
Force : La coïncidence numérique est réelle et appartient à l'ordre de la langue coranique — le verset distingue sinīn (années solaires) d'une unité implicitement différente (les 9 ajoutées).
Limite : Le verset est narratif. Le Coran ne dit pas « le calendrier doit compter 309 ans lunaires pour 300 ans solaires ». L'argument reste une déduction, non une prescription. La méthode islamducoran.fr exige de ne pas projeter sur le texte ce qu'il ne dit pas explicitement.
V. Analyse étymologique
Les 12 mois arabes Racines,
morphologie et ancrage saisonnier
Le Coran mentionne les mois par leur rang ou leur statut sacré, rarement par leur nom propre. L'analyse étymologique des noms des mois est une investigation linguistique arabe — elle complète, sans se substituer à, l'analyse coranique directe. Ces noms portent une mémoire saisonnière que le calendrier purement lunaire a désancrée.

Sur douze mois, neuf portent une signification saisonnière ou climatique directe encodée dans leur racine : chaleur intense (Ramaḍān), gel (les deux Jumādā), printemps/pluies (les deux Rabī'), dispersion (Sha'bān), levée des troupeaux (Shawwāl), vide/jaunissement (Ṣafar). Ce fait linguistique démontre que le calendrier arabe originel était ancré dans les saisons.
VI & VII. Frise saisonnière et contexte historique
Le cycle de dérive de 33 ans
et la réforme de 638 CE
VI.2 — Le cycle de dérive de 33 ans
L'année lunaire (354,37 jours) est plus courte de 10,875 jours que l'année solaire (365,24 jours). Cette différence produit un décalage cumulatif :
Conséquence directe : Ramaḍān (racine : « brûlure estivale ») peut coïncider avec les mois les plus froids de l'hiver. Jumādā (racine : « gel ») peut coïncider avec l'été. Les noms des mois et leur réalité climatique se retrouvent en opposition complète tous les ~16 ans.

Le décalage entre les étymologies saisonnières des mois et leur position actuelle dans l'année solaire est la trace linguistique d'un choix calendaire historique. La langue arabe a conservé la mémoire d'un ancrage saisonnier que le calendrier purement lunaire ne garantit plus.
VII. Contexte historique — La réforme de 638 CE
Note : cette section présente des données historiques contextuelles. Les sources citées (hadith, tradition) n'ont pas valeur de preuve coranique et sont traitées comme information historique.
Avant la réforme : le calendrier arabe préislamique
Les Arabes préislamiques utilisaient un calendrier luni-solaire doté d'une intercalation (nasi') permettant de maintenir les mois dans leur ancrage saisonnier. Cette pratique, condamnée par S.9:37 dans sa forme frauduleuse, comportait aussi une dimension astronomique régulière distincte de la manipulation tribale.
La décision de 16 AH / 638 CE
Le calife 'Umar ibn al-Khaṭṭāb institutionnalisait l'ère hégirienne en prenant pour point de départ l'Hijra (622 CE). Cette décision administrative visait à unifier la datation des documents officiels du califat. Elle ne porta pas sur la nature du calendrier (lunaire vs. luni-solaire) mais sur son point d'origine.

Distinction fondamentale : La réforme de 'Umar n'est pas un verset coranique. Elle représente une décision humaine, postérieure au Prophète, prise pour des raisons administratives.
Le désaccord persistant sur le début des mois
Les pays musulmans ne s'accordent pas sur le début du mois de Ramaḍān — certains pratiquent l'observation directe du croissant (ru'yat al-hilāl), d'autres le calcul astronomique prédictif. Ce désaccord récurrent illustre la tension entre la lettre du Coran (qui mentionne les croissants al-ahilla comme indicateurs) et les pratiques institutionnalisées.
VIII. Analyse comparée inter-scripturaire
Torah (hébreu) · Nouveau Testament (grec)
Tableau comparatif
Le Coran dialogue avec les traditions abrahamiques. Textes hébreu et grec présentés dans leur langue originale.
VIII.1 — La Torah : l'ancrage printanier de Pessah
SHEMOT (EXODE) · 13 : 4
הַיּוֹם אַתֶּם יֹצְאִים בְּחֹדֶשׁ הָאָבִיב׃
Ha-yom atten yotz'im be-hodesh ha-aviv
« Aujourd'hui vous sortez, au mois de l'Aviv (du printemps). »
אביב (aviv) — Le printemps — moment précis de la maturité de l'orge en Israël. La fête de Pessah doit impérativement coïncider avec ce mois printanier. Cette prescription implique une synchronisation saisonnière.
Implication calendaire : Pour maintenir Pessah au printemps avec un calendrier lunaire, le judaïsme rabbinique a adopté l'intercalation métonique (cycle de 19 ans : 7 mois supplémentaires) — solution luni-solaire explicite.
DEVARIM (DEUTÉRONOME) · 16 : 1
שָׁמֹר אֶת־חֹדֶשׁ הָאָבִיב וְעָשִׂיתָ פֶּסַח לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ׃
Shamor et-hodesh ha-aviv ve-asita pesah la-YHWH Elohekhâ
« Observe le mois de l'Aviv et célèbre la Pâque pour l'Éternel ton Dieu. »
Le verbe שָׁמֹר (shamor : garder, observer, maintenir) implique une action de maintien actif — c'est-à-dire intercaler lorsque le mois lunaire dérive du printemps.
VIII.2 — Le Nouveau Testament : référence au mois lunaire
LŪQĀ (LUC) · 1 : 26
Ἐν δὲ τῷ μηνὶ τῷ ἕκτῳ ἀπεστάλη ὁ ἄγγελος Γαβριὴλ ἀπὸ τοῦ θεοῦ
En de tō mēni tō hektō apostalē ho angelos Gabriel apo tou theou
« Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu... »
μήν (mēn) — Le mois — étymologiquement lié à μήνη (mēnē : la lune). Le grec biblique, comme l'arabe coranique, lie structurellement « mois » et « lune ». Cohérence inter-scripturaire de la mesure lunaire du temps.
VIII.3 — Tableau comparatif des systèmes calendaires abrahamiques
IX. La thèse luni-solaire — Examen critique
Arguments coraniques et limites
selon la méthode islamducoran.fr
Un courant contemporain de recherche coranique soutient que le Coran prescrit un calendrier luni-solaire. Examen des arguments selon la méthode islamducoran.fr.
Arg. 1
Double mention soleil-lune
S.10:5
هُوَ الَّذِي جَعَلَ الشَّمْسَ ضِيَاءً وَالْقَمَرَ نُورًا وَقَدَّرَهُ مَنَازِلَ لِتَعْلَمُوا عَدَدَ السِّنِينَ وَالْحِسَابَ
Huwa lladhī ja'ala sh-shamsa ḍiyā'an wa-l-qamara nūran wa-qaddarahu manāzila li-ta'lamū 'adada s-sinīna wa-l-ḥisāb ,
S.55:5
الشَّمْسُ وَالْقَمَرُ بِحُسْبَانٍ Ash-shamsu wa-l-qamaru bi-ḥusbān ,
S.6:96
فَالِقُ الْإِصْبَاحِ وَجَعَلَ اللَّيْلَ سَكَنًا وَالشَّمْسَ وَالْقَمَرَ حُسْبَانًا ذَلِكَ تَقْدِيرُ الْعَزِيزِ الْعَلِيمِ Fāliqu l-iṣbāḥ · wa-ja'ala l-layla sakanan wa-sh-shamsa wa-l-qamara ḥusbānan · dhālika taqḍīru l-'azīzi l-'alīm
Le Coran cite systématiquement soleil et lune ensemble comme instruments de computation temporelle.
Si seule la lune importait, la mention du soleil dans ce contexte serait redondante.
Évaluation interne : Argument recevable — la récurrence de la co-mention est notable et ne peut être ignorée.
Elle n'impose pas un calendrier luni-solaire, mais elle pose la question de la fonction calendaire du soleil.
Arg. 2
S.18:25
وَلَبِثُوا فِي كَهْفِهِمْ ثَلَاثَ مِائَةٍ سِنِينَ وَازْدَادُوا تِسْعًا
Wa-labithū fī kahfihim thalātha mi'atin sinīna wa-zdādū tis'ā
encode 300 ans solaires = 309 ans lunaires
Le calcul est précis (moins de 0,01 % d'écart). La distinction sinīn / « + 9 » pourrait encoder consciemment la différence entre années solaires et lunaires.
Évaluation interne : Le verset est narratif, non prescriptif. La méthode coranique directe requiert de ne pas inférer une prescription depuis un récit.
Argument intéressant, mais statut honnête: c'est une déduction.
Arg. 3
S.9:37
إِنَّمَا النَّسِيءُ زِيَادَةٌ فِي الْكُفْرِ يُضَلُّ بِهِ الَّذِينَ كَفَرُوا يُحِلُّونَهُ عَامًا وَيُحَرِّمُونَهُ عَامًا
Innamā n-nasī'u ziyādatun fi l-kufr · yuḍallu bihi lladhīna kafarū · yuḥillūnahu 'āman wa-yuḥarrimūnahu 'āman
ne condamne pas l'intercalation astronomique régulière
La description textuelle du nasi' ('āman ... 'āman, alternance irrégulière + intention frauduleuse) ne correspond pas à un système d'intercalation régulier et transparent.
La condamnation vise la manipulation, non la régulation astronomique.
Évaluation interne : C'est l'argument le plus solide philologiquement.
L'analyse morphologique du verset confirme que la cible est une pratique arbitraire et trompeuse.
Les limites selon la méthode islamducoran.fr
Limite 1
Absence de prescription directe
Aucun verset coranique ne prescrit explicitement l'intercalation d'un 13e mois ou la synchronisation solaire. La thèse luni-solaire repose entièrement sur des inférences — ce qui n'est pas illégitime, mais doit être clairement présenté comme tel.
Limite 2
S.9:36
إِنَّ عِدَّةَ الشُّهُورِ عِنْدَ اللَّهِ اثْنَا عَشَرَ شَهْرًا
Inna 'iddata sh-shuhūri 'inda llāhi thna 'ashara shahran
affirme douze mois, sans préciser leur nature
Le Coran affirme que le nombre de mois est douze. Il ne dit pas que ce nombre implique une année strictement lunaire. Douze mois luni-solaires (avec intercalation occasionnelle) maintiennent le compte de douze sans altérer la structure des mois sacrés.
Limite 3
La question du Hajj
S.2:189
يَسَأَلُونَكَ عَنِ الْأَهِلَّةِ ؕ قُلْ هِيَ مَوَاقِيتُ لِلنَّاسِ وَالْحَجِّ
Yas'alūnaka 'ani l-ahillah · qul hiya mawāqītu li-n-nāsi wa-l-ḥajj
lie les ahilla (croissants) aux mawāqit du Hajj.
Si le calendrier était luni-solaire, le Hajj demeurerait ancré dans une même période saisonnière de l'année — ce qui n'est pas sans pertinence pour les prescriptions coraniques de S.2:197.
X & XI. Synthèse et Sources
Conclusions sémantiques et références
X.1 — Ce que le Coran affirme avec certitude
Le nombre de mois est douze — inviolable, inscrit dans la Création (S.9:36). Ce chiffre ne peut être altéré.
Quatre de ces douze mois sont sacrés (hurum) — leur statut est établit par Allah et ne peut être manipulé (S.9:36–37).
Les croissants lunaires (ahilla) sont les indicateurs de temps (mawāqit) pour les hommes et le Pèlerinage (S.2:189).
Le soleil et la lune fonctionnent selon un calcul précis (husbān) et permettent de connaître le nombre des années (sinīn) et le calcul (hisāb) — S.10:5, S.55:5, S.6:96.
Le nasi' — le report arbitraire et frauduleux des mois sacrés — est condamné comme excès de mécréance (S.9:37).
X.2 — Ce que le Coran ne dit pas explicitement
  • Le Coran ne prescrit pas un calendrier exclusivement lunaire sans ancrage solaire.
  • Le Coran ne prescrit pas non plus explicitement un calendrier luni-solaire avec intercalation.
  • Le Coran ne précise pas si les sinīn (années) doivent être comptées solairement ou lunairement.
  • Le Coran ne fournit pas de règle de calcul pour le début des mois (observation ou calcul prédictif).
X.3 — Ce que l'étymologie révèle
Les noms arabes des mois portent la mémoire d'un ancrage saisonnier originel que le calendrier purement lunaire a désynchronisé. Cette désynchronisation crée une tension permanente entre la langue même dans laquelle le Coran a été révélé et l'expérience calendaire actuelle des musulmans.
Le fait que Ramaḍān — dont la racine signifie « brûlure estivale » — puisse se dérouler en plein hiver, ou que Jumādā — dont la racine signifie « gel » — puisse coïncider avec l'été, constitue une donnée linguistique objective que l'analyse coranique ne peut ignorer.
X.4 — Perspective d'approfondissement
L'investigation coranique sur le calendrier invite à poursuivre l'analyse selon la méthode islamducoran.fr sur les axes suivants :
  • (a) Recueil exhaustif de toutes les occurrences de shahr (شَهْر), sana (سَنَة), 'ām (عَام) et hawl (حَوْل) dans le corpus coranique — avec distinction sémantique.
  • (b) Analyse de tous les versets prescriptifs liés au temps et aux rituels (Hajj, Ramaḍān, 'Idda) pour vérifier la cohérence interne du calendrier coranique.
  • (c) Examen du terme 'idda (إِدَّة) dans ses différents contextes coraniques (mois, répudiation, décompte) pour comprendre la logique interne du décompte dans le Coran.
XI. Sources et références
Texte coranique (référence primaire)
Coran — Versets analysés : S.2:189 · S.4:82 · S.6:96 · S.9:36–37 · S.10:5 · S.18:25 · S.55:5 · S.67:3
Lexicographie arabe classique
  • Ibn Manẓūr (m. 1311), Lisān al-'Arab — dictionnaire exhaustif de la langue arabe, référence fondamentale pour les racines et leurs champs sémantiques.
  • Al-Jawharī (m. ~1003), al-Ṣiḥāḥ fī l-Lughā — l'un des plus anciens dictionnaires de la langue arabe.
  • Al-Rāghib al-Isfahānī (m. ~1108), Mufradāt Alfāẓ al-Qur'ān — lexique spécialisé des termes coraniques, avec analyse sémantique de chaque racine dans son contexte coranique.
  • Ibn Fāris (m. 1004), Maqāyīs al-Lughā — dictionnaire des racines arabes et de leurs significations fondamentales.
  • Al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī (m. 786), Kitāb al-'Ayn — premier dictionnaire de la langue arabe.
Textes scripturaires comparés (langue originale)
  • Torah hébraïque : Shemot (Exode) 13:4 · Devarim (Deutéronome) 16:1 · Vayiqra (Lévitique) 23 — édition Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS).
  • Nouveau Testament grec : Lūqā (Luc) 1:26 — Nestle-Aland, 28e édition (NA28).
Astronomie et calendriers
  • US Naval Observatory — données sur l'année tropique (365,2422 j) et l'année synodique lunaire (29,5306 j).
  • E.J. Bickerman, Chronology of the Ancient World, Cornell University Press, 1980.
  • D.A. King, Astronomy in the Service of Islam, Aldershot, 1993.
Sources secondaires (utilisées avec distance critique)
  • A. Fratterigo, islamlunisolair.com — recherche indépendante sur la thèse d'un calendrier luni-solaire coranique. Utilisé pour les arguments philologiques, avec réserves sur les conclusions idéologiques.
  • F. Déroche, Le Coran, Que sais-je ?, PUF, Paris — introduction académique à l'histoire du texte coranique.
SOURATE AL-MULK - 67 : 3
الَّذِي خَلَقَ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ طِبَاقًا مَا تَرَى فِي خَلْقِ الرَّحْمَنِ مِن تَفَاوُتٍ فَارْجِعِ الْبَصَرَ هَلْ تَرَى مِن فُطُورٍ
Alladhī khalaqa sab'a samāwātin ṭibāqā · mā tarā fī khalqi r-raḥmāni min tafāwut · fa-rji'i l-baṣara hal tarā min fuṭūr
« Celui qui a créé sept cieux superposés. Tu ne vois dans la création du Tout-Miséricordieux aucune disproportion. Regarde à nouveau — vois-tu quelque fissure ? »